Par
Bertrand SAJALOLI
Université d'Orléans CEDETE, ENeC UMR 8185 Paris IV-CNRS,
Pôle-relais « Mares et Mouillères de France »
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Confronter les zones humides au développement durable revient à poser une série de paradoxes (Barnaud & Fustec, 2002) relevant du fonctionnement particulier de ces écosystèmes ainsi qu'aux relations ambivalentes que les hommes entretiennent depuis longtemps avec eux (Sajaloli, 1996).
Les mares et petits lieux d'eau, par leur taille limitée, leur soumission écologique aux usages retenus et leur extrême rapidité d'évolution exacerbent tous les caractères spécifiques des zones humides (Sajaloli, 1997).
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Les paradoxes sont alors tellement grands que le terme même de «mare durable» prête à rire. Or, leur intérêt environnemental est considérable, tant au niveau de la biodiversité, des fonctions régulatrices du cycle de l'eau qu'à celui du patrimoine rural (Sajaloli, 2000).
Faute de projet social, elles sont, de surcroît, très menacées puisque environ 90% d'entre-elles ont disparu depuis le début du XX° siècle et la moitié depuis 1950.
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Protéger ces micro-zones humides apparaît donc primordial mais soulève difficultés et ambiguïtés.
Les premières sont liées au nombre très important de mares (près de 600 000 en France, souvent plusieurs centaines par commune), à leur dispersion et à leur absence d'identité foncière.
Les deuxièmes relèvent d'une tentation toujours vive chez les gestionnaires de figer les mares dans un stade d'évolution intermédiaire qui, à des eaux claires et transparentes, associent des habitats matures et bien développés. C'est ainsi que seul un nombre congru d'entre elles bénéficie d'opérations univoques d'entretien.
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Il s'agit donc, au sein du Pôle-relais «Mares et Mouillères de France» qui s'inscrit dans le cadre du Plan National d'Actions en faveur des Zones Humides, de promouvoir une gestion durable qui repose sur deux principes.
D'une part, tout le semis de mares, et non quelques unes d'entre elles, doit être protégé car la biodiversité de ces pièces d'eau apparaît non seulement fragmentaire (le comblement aveugle d'une mare ayant à peu près une chance sur deux d'entraîner la disparition d'une espèce patrimoniale sur un territoire communal donné) mais encore très dépendante des connexions écologiques qui existent entre les différents éléments du réseau.
D'autre part, des phases pionnières aux dernières étapes de l'atterrissement, tous les stades de l'évolution écologique de ces milieux aquatiques doivent être maintenus.
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La stratégie d'actions, en grande partie élaborée au sein du Programme National de Recherches sur les Zones Humides «Les mares, des potentialités environnementales à revaloriser» (Sajaloli, 2001), connaît trois étapes.
La typologie patrimoniale des mares, à fondement géo-écologique, autorise un diagnostic environnemental rapide et définit des priorités d'interventions.
Des campagnes de sensibilisation à l'intérêt des mares, bâties sur une approche psychosociologique de ces lieux d'eau, retissent le lien entre sociétés locales et micro-zones humides.
Enfin, une approche en réseau connecté présentant une gamme complète des stades de maturation facilite le déroulement des interventions.
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En définitive, l'impossibilité de développer durablement en protégeant ou en conservant est l'aiguillon de cette stratégie.
Nous en verrons, à travers un ensemble de cas choisis principalement dans le Bassin Parisien, les principales modalités concrètes, notamment en termes de grille d'évaluation et d'implication des acteurs.
Discrètes, mobiles et domestiques, les mares fournissent donc un exemple de réappropriation sociale de la nature.
Les protéger, c'est donc faire l'éloge de l'éphémère et du quotidien.
Les protéger, c'est encore réaffirmer le rôle essentiel des collectivités locales engagées dans une démarche de valorisation du patrimoine rural.
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